La condition des femmes iraniennes

© par Zia Oloumi, Docteur en droit

 

Pour comprendre la place des femmes en Iran, il est utile d'abord de se plonger dans les récits mythologiques perses. Les vestiges archéologiques prouvent que la civilisation en Iran date de 6000 ans avant J.-C. Mais la première mention précise d'une tribu iranienne, les Mèdes, se trouve dans des textes assyriens du IXe siècle avant J.-C. On trouve beacoup d'informations sur les Iraniens de l'Antiquité, leurs dieux et la création de leur univers dans les textes religieux des zoroastriens, qui comprennent l'Avesta et des sources ultérieures comme le Bundahishn et le Denkart.

Durant les millénaires de l'histoire de l'Iran, la place sociale de la femme iranienne a toujours été liée à la nature du régime qui gouvernait l'Iran. Ainsi la femme iranienne est passée d'une position de quasi-égalité avec l'homme à une position de totale soumission.


La période pré-islamique

Beaucoup d'information sur les Iraniens antiques, les dieux des Aryens et la création de leur monde viennent des textes sacrés des zoroastriens, dont le prophète, Zoroastre (forme hellénisée du persan Zarathustra), a peut-être vécu en Chorasmie, une région de l'Asie centrale, ou même plus loin encore vers le nord-est. Le livre saint des zoroastriens l'Avesta, dans sa version originel, écrit en avestique, lanque d'Iran oriental, doit avoir été rédigé entre 1400 et 1200 avant J.-C. environ. Parmi les mythes évoqués dans l'Avesta, il y a des récits d'origine très ancienne, prézoroastrienne, appartenant probablement à l'ère païenne indo-iranienne. Ils racontent les exploits héroïques accomplis par les dieux, les rois et les guerriers contre des ennemis à la fois surnaturels et humains. Beaucoup de ces mythes sont repris dans le Shah-Nameh ou Livre des Rois, l'épopée versifiée que le poète Ferdowsi a achevée en 1010 après J.-C. C'est ainsi que des sources écrites, parallèlement à une puissante tradition orale, ont conservé vivants les mythes et récits de la Perse jusqu'à nos jours.

Au sein de l'Avesta, les dieux, héros et créatures fabuleuses apparaissent surtout dans les Yashts. Le Yasht V (Aban Yasht), est consacré à la déesse Ardvi Sura Anahita. Dans la mythologie iranienne, Anahita symbolise la prépondérance du rôle de la femme dans la société. Anahita était la déesse de toutes les eaux à la surface de la terre et la source de l'océan cosmique, de la pluie, de l'abondance, de la fertilité, des unions, de l'amour, de la maternité et de la victoire. Elle conduit un char que tirent quatre chevaux : vent, pluie, nuage et neige fondue. On voit en elle la source de vie, celle qui purifie la semance de tous les mâles et le ventre de toutes les femelles, qui assure la propreté du lait dans les seins de toutes les mères. En raison de son lien avec la vie, les guerriers la priaient dans les batailles, pour qu'elle leur accorde de survivre et de remporter la vistoire. Anahita est décrite sous les traits d'une jolie jeune fille au corps ferme, élancé et pur. Dans l'Avesta, Anahita est adorée à la fois par les héros et par leurs adversaires. Tous la prient et lui offrent des sacrifices. Le statut très élevé de cette déesse apparaît le plus clairement dans la lutte entre le Bien et le Mal et dans l'affrontement entre les rois d'Iran et ceux du Turya (Touran), pays situé au nord-est de l'Iran. C'est d'ailleurs du fait de ce statut très élevé de la déesse que les couronnements royaux avaient lieu au Temple d'Anahita.

Les religions révélées (Judaïsme, Christianisme, Islam), considèrent que l'homme et la femme furent créés séparément et que le pêché originiel a été commis par la femme. Contrairement à cette croyance, les mythes perses font naître les premiers homme (Mashya) et femme (Mashyane) mortels d'une rhubarbe qui aurait elle-même germé de la semence purifiée par le soleil de Gayomartan (Kiyumars dans le Shah-Nameh). Gayomartan vivait sur l'une des rives du fleuve qui coule vers l'est au sortir de la mer Vourukasha. Sur l'autre rive vivait le taureau primordial.

Les Iraniens de l'Antiquité croyaient que la première partie du monde à avoir été créée était le ciel. Ils le voyaient à l'origine comme une coquille vide, ronde, en cristal de roche, qui passait à la fois au-dessus et au-dessous de la terre. Puis fut créée l'eau, suivie par la terre. Ensuite vinrent les plantes et les animaux. Les êtres humains furent la sixième création et le feu probablement la septième et dernière. Le premier animal au monde fut dans cette mythologie, le "taureau primordial", de couleur blanche et aussi brillant que la lune. Suivant la tradition zoroastrienne, il fut tué par l'Esprit du Mal (Angra Mainya), et sa semence fut transportée jusqu'à la lune. Après avoir été profondément purifiée, elle donna naissance à de nombreuses espèces animales. Une partie de la semence, tombée sur le sol, germa aussi en plantes.

Selon les mythes perses, Gayomartan, qui vivait de l'autre rive du fleuve et qui était présenté comme le premier homme, fut aussi tué par l'Esprit du Mal, mais le soleil purifia sa semence et, qurante ans plus tard, une rhubarbe en germa. Elle se développa lentement en Mashaya et Mashayane, le premier homme et la première femme mortels. Pour les Aryens, l'homme et la femme furent donc créés non pas séparément mais en même temps. Enjôlés par l'Esprit du Mal, ils se tourneront vers lui, le prenant pour leur créateur, et cont ainsi commettre le premier péché. Le péché originel pour les Aryens n'est donc pas le fait seulement de la femme, mais il est commis à la fois par la femme et par l'homme. Au lieu de connaître la paix et l'harmonie, le monde s'emplira alors de corruption et de mal. C'est seulement cinquante ans plus tard qu'ils parviendront à avoir une descendance, des jumeaux, qu'ils mangeront. Ils resteront ensuite longtemps sans enfant. Enfin naquit une nouvelle paire de jumeaux, dont sont issus non seulement la race humaine en général, mais spécifiquement les peuples iraniens.

Des statues découvertes lors de fouilles archéologiques à Suse et sur d'autres cités mésopotamiennes ont révélé la morphologie de la femme iranienne en ce temps et renseignent sur sa vie. Sous la dynastie des Sassanides, la mère du Roi avait le plus haut rang féminin et suivaient après elle respectivement, la mère du prince héritier, les filles et les soeurs du Roi, bien que toutes avaient jouissance d'un certain pouvoir à la cour. D'autres pièces révèlent que les hommes comme les femmes avaient droit à un salaire. A cette époque, les femmes disposaient d'une indépendance économique. Certains métiers étaient autorisés aux deux sexes et d'autres étaient exclusivement réservés à l'un ou à l'autre. Les femmes de condition ordinaire avaient le droit de posséder des propriétés et de les vendre à leur guise. Comme les hommes, elles étaient tenues de payer des impôts.

De plus récentes découvertes archéologiques ont démontré l'existence de femmes dirigeantes d'entreprises. A cette même époque, les femmes avaient atteint des hauts rangs militaires dans les métiers d'armes.

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La période post-islamique

Cette période a connue un déclin général du rôle social de la femme iranienne. La plupart de leurs droits ont été abolis et elles furent écartées de toute participation dans les sphères politiques et civiles. Le port du voile comme seule tenue islamique autorisée devint obligatoire. La polygamie devint la règle et les lois familiales avantageaient désormais exclusivement les hommes.

Durant le XIXème siècle, quelques femmes ont cependant marqué l'histoire iranienne comme Fatémeh, née en 1814, qui devint une des figures du Mouvement Babi (Bahaïs) et fut la première femme à paraître non voilée en public. Le Mouvement Babi s'est engagé pour l'émancipation féminine et a continué à apporter son soutien aux ligues féministes iraniennes. Des activistes telles que Khorshid Khanoum et Roustameh voyageaient alors à travers le pays pour sensibiliser les foules au sujet de l'émancipation féminine. Les femmes de la cour royale de la dynastie des Qajars étaient nombreuses à soutenir l'audacieuse initiative de Fatémeh malgré le fait qu'elle était perçue comme radicale. Fatémeh a été pendue en 1852 pour avoir attenté à la vie du Roi Nasser-Eddin Shah.

Pendant la seconde moitié du XIXème siècle, la contestation gagne les plus hauts niveaux : Taj Saltaneh, la fille de ce même Roi, Nasser-Eddin Shah, a consacré une partie de ses mémoires autobiographiques à une longue description révélant les conditions déplorables de la femme iranienne. Elle y critique le port obligatoire du voile et souligne le fait que les femmes étaient tenues à l'écart de tout progrès et de la jouissance d'une quelconque forme de liberté en raison de cette tenue obligatoire et stricte.

Plus tard, lors de La Révolution Constitutionnaliste de 1906, les femmes se sont fait remarquer notamment dans la ville de Tabriz (dans l'Azarbaidjan iranien). On peut à ce titre citer l'épouse de Haydar Khan Tabrizi qui, armée d'un couteau, protégeait les orateurs constitutionnalistes. L'engagement actif des femmes soutenait l'approbation des revendications des constitutionnalistes. Elles ont adhéré à la coalition réunissant des groupes tels que les zoroastriens, les juifs, les bahaïs, les arméniens et les musulmans pour revendiquer des droits émancipateurs pour les femmes mais aussi pour faire aboutir l'adoption de la constitution. Mme Jahanguir de la famille d'un des martyrs de cette révolution constitutionnelle, a même été jusqu'à barrer la route à la voiture du Roi Mozaffar-Eddin shah pour le presser de ratifier cette Constitution. La Constitution aura finalement été ratifiée en 1906 mais le droit de la famille était maintenues sous l'autorité de la Charia.

Les femmes étaient encore écartées de la vie politique et l'émancipation semblait relever du conte de fées. En 1838, la première école pour filles avait été fondée par des missionnaires américaines en Azerbaïdjan et bientôt la tendance devait se répandre et gagner d'autres villes, notamment Téhéran, Hamedan et Rasht. En 1913, il y avait déjà trois écoles pour filles à Téhéran et une liste d'attente de 3000 places.

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Modernisation du pays et acquisition de droits politiques et civiles importants pour les femmes (1931-1979)

Le règne de la dynastie des Pahlavis a été une période de considérables améliorations de la condition féminine en Iran. En 1931, le parlement iranien, le Majlès, approuvera finalement le projet de loi qui devait accorder à la femme iranienne le droit de demander le divorce et devait élever l'âge légal du mariage pour les filles à 15 ans (au lieu de 13 ans). Sous l'impulsion de Reza Shah, des lois seront votées en 1934 afin d'imposer des réformes fondamentales pour améliorer la condition féminine, et en 1936, un même système d'éducation nationale et sans distinction entre les filles et les garçons verra enfin le jour. La même année, une loi abolira la contrainte du port du voile : la loi imposera l'interdiction pure et simple du port du voile pour les femmes (et pour les hommes de porter l'habit religieux).

Reza Shah en fera le fer de lance de sa politique d'encouragement du travail des femmes en dehors des travaux domestiques. Son fils, Mohammad-Reza Shah continua l'oeuvre de son père pour parachever l'émancipation féminine en Iran. Cependant les femmes n'eurent le droit d'éligibilité et de vote qu'en 1962 et c'est 5 ans plus tard, en 1967, que la « Loi de la Protection de la famille » sera approuvée par le parlement. Composée de 23 articles, cette loi limitait notamment le droit unilatéral des hommes au divorce et à la polygamie. Le divorce et la polygamie seront ainsi soumis à des contraintes significatives dans le but de décourager cette dernière pratique au point qu'elle était devenue obsolète et très rare. Ainsi, l'article 8 de la loi interdisait à l'homme de divorcer sans avoir obtenu du tribunal le certificat de non-réconciliation. Le tribunal était tenu de tenter par tous les moyens à sa disposition de réconcilier lecouple. L'âge légal du mariage a été fixé à 18 ans (il est passé de 13 à 15 ans dans un premier temps, puis à 18 ans en 1973) à l'instar de tous les pays modernes et industrialisés. Dans les années qui suivront, de nouvelles lois seront adoptées de manière à faciliter l'accès des femmes aux fonctions jusqu'alors réservées aux hommes, en particulier dans le domaine juridique. Calqué sur le modèle israélien, le service nationale sera rendu obligatoire pour les femmes célibataires et l'accès des femmes aux emplois dans les forces armées et dans la police sera facilité. Les appelées filles servaient dans le rang du « Sepah-e Danesh », autrement dit le Corps Educatif ou les "Gardiens du Savoir" (les appelées avaient alors le choix entre un service militaire classique ou l'engagement pour une durée similaire dans trois corps civiques différents au service des populations sur tout le territoire national). En servant au sein de tels structures (à savoir : d'éducation, de santé et de technologie), les appelées prenaient conscience de la réalité des besoins du pays. En outre, une période de leur jeunesse était ainsi dévolue à des actions citoyennes utiles à l'ensemble de la nation.

La femme iranienne avait acquis en quelques années des droits politiques et civils importants. De telle sorte qu'il y avait 22 femmes parmi les députés à l'assemblée nationale et 2 sénateurs. L'Iran a même connu avec Mme Farrokh-Rou Parsa sa première femme ministre. Dans les années 1970, elle fut ministre de l'éducation nationale. En 1979, la femme iranienne avait acquis une quasi-égalité en terme de statut social avec les hommes et bénéficiait des mêmes avantages éducatifs. Les femmes travaillaient dans de nombreux domaines professionnels. En 1978 déjà, 33% des étudiants étaient des femmes et le monde du travail en comptait 2 millions. L'OFI (Organisation des Femmes Iraniennes) fondée en 1967 par la princesse Ashraf Pahlavi réunissait divers organismes qui traitaient du confort familial, de la protection des enfants, de la formation professionnelle, du planning familial et du conseil juridique.

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La période d'après la révolution islamique (à partir de 1979) : de la ségrégation à l'apparition d'une vraie identité féminine

Les femmes iraniennes ont contribué très largement au succès de la Révolution de 1979. Sans avoir une revendication féminine propre, elles ont cependant défilé aux côtés de leurs époux et leurs enfants dans les marches contre le régime du Shah. Mais l'instauration d'une République islamique a sonné le glas de la loi sur "la protection de la famille", loi votée sous le Shah et favorable au statut des femmes. L'application d'un modèle islamique au droit des femmes et au droit de la famille devait institutionnaliser les inégalités entre les hommes et les femmes. Ainsi, si la Constitution de la République islamique affirme l'égalité des droits entre l'homme et la femme, elle la place aussitôt dans le cadre du respect des préceptes religieux.

Les politiques de l'Etat islamique envers les femmes, l'adoption des lois les concernant et le discours idéologique dominant, ainsi que les interactions des différentes catégories de femmes avec ces lois, politiques et dicours peuvent être analysés selon trois périodes distinctes :


 

  • Période révolutionnaire (1979-1989) : Recul de la condition des femmes

L'islamisation de la société a commencé en soumettant le statut des femmes à la chari'a. Les femmes seront écartées de toute les hautes fonctions dans le secteur public et devront se résigner à porter le Hijab, l'uniforme islamique ou le Chador. Encore aujourd'hui, selon Salaam Iran, le site officiel du gouvernement iranien, « le Hijab protège la femme contre toute tentative de viol ou de violence » (sic!). Dès le début de l'instauration de la République Islamique, les femmes iraniennes ont contesté ces mesures (une manifestation de 100.000 femmes avait protesté un mois à peine après l'instauration de la République islamique contre l'apprication de la chari'a à leur égard). Parmi ces mesures on peut citer, outre le port obligatoire du Hijab, le rabaissement de l'âge légal du mariage à 9 ans pour les filles, mais aussi l'utilisation séparée des transports en communs (partie pour les hommes, partie pour les femmes).

Alors que les principales cibles visées étaient les femmes instruites et modernistes, ces mesures touchaient aussi les militantes islamistes. Ces dernières avaient pu bénéficier des mesures favorables du statut de la femme sous le Shah, mais étaient écartées du fait de leur convictions religieuses. Voilà que c'était du fait de leur statut et non plus de leur conviction religieuse qu'elles étaient discriminées et écartées de la vie publique. Ainsi, il n'y avait plus que quatre femmes parlementaires aux trois premiers parlements islamiques (1989, 1983, 1987). Pourtant, toutes ces femmes vont refuser de rentrer au foyer et le mouvement de la défense des droits des femmes se renforcera. La nouvelle révolution devait être celle des femmes. Elles restaient actives dans tous les domaines où elles pouvaient exercer.

Ainsi, durant la période révolutionnaire et lamgré la participation des femmes islamistes à la vie active comme à la guerre, l'image de la femme musulmane dans le discours dominant articulé par politique et appuyé par les médias était celle d'une mère et épouse et non pas une femme socialement active.

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  • Période de "reconstruction" (1989-1997) : Reprise du militantisme féminin

Cette période, qui correspond également à la fin de la guerre qui oposait le pays à l'Irak, donnera lieu à l'expression des revendications de la société civile, et au premier rang des femmes. Il aurait dès lors été difficile de refuser de reconnaître des droits à une population sur laquelle avait porté l'essentiel de l'effort de la révolution et de la guerre. Ces femmes vont rappeler à l'Etat islamique qu'il leur est redevable pour tout ce qu'elles lui ont sacrifié. Trois types de militants des droits de la femmes doivent alors être distinguées :

•  les islamiques traditionalistes (issues des familles cléricales ou de classe moyenne traditionnelle que constitue la bourgeoisie «  bâzaris  »). Elles considèrent la chari'a comme source légitime et principale de la loi. Dès lors, leur combat se résume à la participation active à la vie sociale tout en prônant la ségrégation sexuelle de la sphère publique. Autrement dit, les femmes pourraient travailler, mais seulement pour d'autres femmes ;

•  les islamiques modernistes (issues de la classe moyenne traditionnelle mais instruites et actives dans la sphère publique). Elles ont une lecture moderne de la chari'a, et tentent de réformer les lois existantes pour promouvoir le statut des femmes dans les sphères publiques et privées ;

•  les modernistes laïques (issues de la classe moyenne moderne, née par suite du processus de modernisation entreprise depuis le début du XXe siècle et accéléré sous l'ancien régime des Pahlavis, et possédant un niveau d'éducation très élevé). Ces femmes formées sous l'ancien régime, et exerçant des professions libérales ou artistiques revendiquent la laïcité dans le sens d'une séparation entre la religion et l'Etat, sans l'analyser comme le refus de la religion. Elles refusent de considérer la chari'a comme la principale ou la seule source de législation, et se réfèrent dans leur lutte, notamment aux conventions internationales dont l'Iran est signataire. Ce dernier mouvement a le soutien des femmes de la diaspora iranienne.

Les féministes islamiques ont dans un premier temps été plus revendicatrices. Les laïques étant plus gênées dans un premier temps, par ce qu'elles étaient en désaccord avec les nouveaux préceptes et règlements. Le rapprochement de ces deux tendances contribue à l'intensification des activités politiques, sociales et culturelles des militantes islamiques. Dès lors, certaines femmes oseront même s'attaquer à l'application de la chari'a elle-même.

L'ampleur des revendications de la population féminine, une fraction de l'élite politique dite pragmatiste, dirigée par l'ancien président Rafsanjani, fondera le Conseil culturel et social des Femmes sous la supervision du Haut Conseil de la Révolution culturelle en juin 1987. Parmi les projets de ce conseil on peut notamment énumérer la fondation de "l'Institution Exécutive des Femmes", la désignation d'une conseillère du président pour les femmes, la création de "l'Office des Affaires des Femmes" (fondé en 1991), la suppression des dispositions interdisant ou limitant l'admission des jeunes femmes dans certaines filières universitaires, la création d'un office pour assister et guider les familles en vue de stabiliser et renforcer l'institution familiale basée sur le droit et l'éthique islamique et l'assistance aux mères et enfants démunis. Ainsi, la loi sur le divorce sera amendée en 1992. Un article y sera intégré qui permet désormais dans le cas où le divorce est initié par l'époux, et si l'épouse est en mesure de prouver que pendant la vie commune elle a effectué des tâches ménagères malgré sa volonté, elle peut demander à être financièrement dédommagée par son époux (selon les lois islamiques en vigueur en Iran, les travaux domestiques ne sont pas obligatoires pour les femmes, même si la coutume leur attribue cette responsabilité). De même, une certaine souplesse a été introduite pour le travail des femmes. Si leur accès à certains emplois et spécialités reste interdit (notamment magistrature, secours pompier, mais aussi présidence de la République), d'autres postes jusque-là interdits ou difficiles d'accès depuis l'avènement d'un régime islamique, sont déclarés ouverts (enseignement, certaines branches de médecine, travail en laboratoire, ingénierie électronique, pharmacie, assistance sociale et traduction).

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  • Période de "développement politique" (1997 à nos jours) : Espoirs de réforme ?

Après l'élection, essentiellement par le vote des jeunes et des femmes, du président Khatami en 1997, l'Office des affaires des femmes change de nom pour devenir le Centre des Affaires de la Participation des Femmes, avec un triplement de ses effectifs (passant de 20 à 60 personnes) et une augmentation de son budget (10 millions d'euros). Mais malgré les espoirs des militantes la condition de la femme ne subira aucun changement radical. Plus qu'une rupture, c'est une continuité de la politique précédente. L'objectif étant que les femmes s'organisent et défendent leurs droits. D'asistées, il s'agit de demander aux femmes de prendre son destin en main. Ainsi les ONG de défence des droits des femmes se multiplient, même si le gouvernement ne leur donne pas les moyens de leur indépendance.

Aujourd'hui encore, les femmes souvent mariées dès leur plus jeune âge se voient ainsi privées de toute poursuite d'études secondaires. Si leur combat leur a permis de restaurer quelques-uns de leurs acquis tels que le droit de poursuivre des études, secondaires et universitaires, elles restent encore très contenues et soumises à la chari'a qui a restauré la polygamie et a mis en place un divorce très désavantageux pour elles. Certaines femmes dénoncent la ségrégation misogyne dont elles sont victimes et qui s'étend à la vie publique, au monde du travail, aux salles de classes, aux transports en commun, même aux stades de football (où la femme doit être accompagnée d'un homme de sa famille) mais surtout au code pénal : ainsi les organisations comme Amnesty International dénoncent les exécutions par lapidations en serait devenu l'emblématique punition pour les femmes « incorrectes ».

La situation des femmes iraniennes s'est agravée du fait de la situation économique. En raison du chômage qui touche plus dramatiquement les femmes, la prostitution est très répandue parmi les femmes iraniennes et les plus jeunes n'ont guère plus que 12 ans d'âge. Dans son ouvrage "Les lois sacrées de l'Islam", Dr. Hamid Koucha de l'Université A&M de Texas fait remarquer que l'application inadéquate des lois sacrées de l'Islam et les tensions sociales et économiques oppressantes ont acculé la femme iranienne à la criminalité, à l'usage des drogues dures et au suicide. Il affirme que selon les données de la République islamique elle-même sur la criminalité féminine l'Iran parmi est classé parmi les plus violents Etats islamiques par d'exceptionnels taux de délits et d'arrestations des femmes. Malgré cette réalité sinique, le nombre de femmes inscrites en études supérieures dépasse celui des hommes même dans les matières traditionnellement réservées aux hommes comme les études scientifiques.

Les femmes iraniennes ont ainsi été les premières touchées par l'instauration de lois fondées sur une interprétation conservatrice de l'Islam. En cela, il s'agissait d'un recul par rapport à leur situation avant la Révolution. Mais paradoxalement, cet enfermement a permis la naissance d'une vraie identité féminine. Aujourd'hui, le combat des femmes iraniennes doit être rapproché du combat pour la démocratie et les droits de l'homme. Cet engagement rappelle, comme nous l'avons vu plus haut, le rôle qu'elles ont joué durant l'histoire perse. Les blocages propres au régime iranien, et à l'origine de la déception de femmes iraniennes qui avaient placé leurs espoirs dans le gouvernement deu président Khatami, freinent les réformes nécessaires notamment du statut de la femme.

A ce propos, le fait que le prix Nobel de la Paix 2003 ait été accordé à une iranienne, Shirin Ebadi, a permis aux femmes iraniennes de faire davantage entendre leur message aux média occidentaux. Shirin Ebadi (ancienne juge et présidente du tribunal de Téhéran sous le Shah et aujourd'hui avocate au Barreau de Téhéran), a fait de la défense des prisonniers politiques et des enfants sa cause depuis de nombreuses années. Elle a également été à l'origine de la célébration en Iran de la journée internationale des femmes, et a créé en 1994, la Société pour la protection des droits de l'enfant.

Les espoirs de réformes seraient-ils anéantis par la victoire de la tendance dite des conservateurs aux élections parlementaires de 2004 et présidentielles de 2005 ? C'est la questions que beaucoup de femmes et des défenseurs de leur cause se posent.

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Sources :

  • Mythes perses, Vesta Sarkhosh Curtis, Seuil-Point, coll. Sagesse, 1994.
  • Les femmes iraniennes, entre Islam, Etat et Famille, Azadeh Kian-Thiébaut, éd. Maisonneuve & Larose, 2002.
  • Histoire des femmes et leurs conditions, 28 octobre 2003, SMCCDI
  • Une brève histoire des Mouvements des Femmes iraniennes de 1850 à 2000
  • Sur l'histoire de l'Iran

 

 

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