'Erfân, Le Soufisme iranien

Dans l'islam chi'ite iranien en particulier, on évite d'employer le terme de soufisme qui est mal vu, parce qu'il est identifié au sunnisme. On préfère le terme 'erfân (Le mot est constitué à partir de la racine 'arafa, gnose. Mais en fait cela désigne ce que dans le sunnisme on appellerait tasawwuf (soufisme). Le propre du 'irfan est d'être spéculatif et fortement philosophant. C'est une des caractéristiques du "soufisme" iranien.

Le soufisme est né pratiquement avec l'Islam, cependant le terme tasawuf n'est apparu qu'aux confins du IIe et IIIe siècles de l'hégire. Un groupe de spirituels chi'ites aurait été le premier désigné sous le nom de soufis. Parmi eux un certain 'Abdak (210/825) antérieur à Jonayd et son maître Sari al-Saqati.

Courant mystique musulman (tasawwuf en arabe), le soufisme retrouve des influences persanes, hindoues, grecques, juives, chrétiennes. L'Andalou Ibn al-Arabi (1165-1240), appelé Cheikh el-Akbar, " le plus grand maître ", a écrit : " Mon cœur est le cloître du moine chrétien, un temple pour les idoles, la Ka'ba de La Mecque pour les pèlerins, les Tables de la loi mosaïque, le Coran. Amour est mon credo ! ".

L'étymologie généralement admise de ce mot est suf, " la laine ", qui, comme aux ascètes et aux moines chrétiens, avait servi de vêtement aux premiers soufis (mystiques). Après avoir vécu en solitaires, ces derniers se sont réunis dans des couvents puis, à partir du XIIe siècle, ont constitué des confréries (turuq, sing. tariqa, qui signifie aussi " la voie "). Le soufi est souvent appelé le " mendiant " ou le " pauvre " : faqir en arabe et darwesh en persan, qui a donné en français derviche.

Le soufi doit suivre la " voie " d'un maître (cheikh) pour tenter d'atteindre l'état mystique, le fana, " l'annihilation de l'être dans l'Être ". Plusieurs étapes sont nécessaires : le repentir (tawba), l'abstention de tout ce qui est illicite (wara'), l'ascèse (zuhd), le détachement (faqr), la patience (sabr), la confiance en Dieu (tawakkul) et le contentement (riza). Dans cette quête de la Connaissance (ma'rifa) qui conduit à la Vérité(haqiqah), le soufi passe par plusieurs états spirituels (ahwal) : l'attention à Dieu (muraqiba), la proximité(qurb), la crainte (khawf), l'espoir (ridja), l'extase (wadjd), la nostalgie (shawq), l'intimité(uns), le dévoilement (kashf), l'illumination (ishraq), la vision (shuhud) et la certitude (yaqin).

Les docteurs de la Loi ont jugé blasphématoire et hérétique qu'une créature faillible prétende s'unir à Dieu et le connaître autrement que par la seule révélation coranique. C'est pourquoi les premiers soufis furent persécutés. À Baghdad, Al-Hallaj (858-922) fut mutilé, crucifié, décapité et brûlé (ses cendres furent dispersées dans le Tigre) pour s'être écrié : " Je suis Dieu Vérité. Nous sommes deux confondus en un seul corps. "

Il est vrai que le lecteur européen identifie souvent « soufisme » et vague ascèse mystique, ou encore connaît-il quelques noms célèbres (Ibn ÔArabî, Hallâj). Mais dans l’époque intermédiaire entre l’âge d’or de la civilisation arabe et le XVIIe siècle de la Renaissance safavide en Iran se constitua vraiment toute une pédagogie spirituelle et se développèrent des écoles qui vivent encore.

 

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© www.oloumi.com - Tuesday, 4 January, 2005 12:40